OUSSOUYE AUX RYTHMES DE LA FÊTE DU “KAMAGUENE“ À la découverte de la tradition du Diola Kassa par Denise Diminga ZAROUR MEDANG |

Après son démarrage, la semaine dernière, la fête du Kamaguene se poursuit dans la communauté rurale de Mloup dans le département de Oussouye. Une cérémonie qui prend ses racines dans la société traditionnelle Diola Kassa. Cet événement reste et demeure la consécration et le début du nouvel an chez le Diola mais aussi la fête de la victoire contre la faim.

La fête du Kamaguene est une tradition en pays Diola et fêté dans le Kassa. Après de durs moments de labeurs avant et pendant l’hivernage, tout cultivateur s’attend à obtenir un minimum vital. Surtout que depuis la nuit des temps, l’homme a toujours été exposé à un combat pour la suivie. Ainsi dans la société traditionnelle Diola Kassa, le système alimentaire reste dominé par le riz qui est une denrée mono culturale consommée par excès, tout proportion gardée.

Une fête à la fois mythique et mystique

Partant de ce constat, le Kamaguene peut se définir comme la fête de la victoire sur la faim et « prend son sens étymologique de la machette qui sert à fendre le noyau du (Partinaria Macrophila), le Nème en Wolof, fruit de la région très prisé pour sa vertu huileuse », souligne Gustave Bénédict Sarr, professeur de lettres et chercheur d’anthropologie culturelle.

Le Kamaguene se déroule entre le mois de février et mars, renseigne les populations de la localité de Mloup. Il se fête à tour de rôle dans les villages des environs et dure deux semaines. Pour Gustave Bénédict Sarr, « tout le monde au niveau de la communauté de Mloup, peuplade que Christian Saglio appelait (les banjars de Equar) a les oreilles tendues vers Haer : un grand quartier de Mloup ».

Dans cette localité, habite le grand féticheur qui doit annoncer cette grande fête au caractère à la fois mythique et mystique. Et ce sage s’appelle Housseu. Selon le député Sékou Sambou « le roi Housseu » a l’obligation de l’organiser sinon sa maison prendra feu ». Cette lourde responsabilité, le roi Housseu l’hérite de ses ancêtres et « demeure la seule personne assermentée, capable de manière exacte et de concert avec les manipulations mystiques de son fétiche, de donner le coup d’envoi ».

La cérémonie du Kamaguene est organisée aux premières apparitions lunaires de cette période. Le grand prêtre officie d’abord le rite du fétiche nommé « Elilhou », puis de l’autre du nom de « Kabaye ». Notons que ce dernier est le plus important déclare Gustave Sarr qui poursuit : « ce n‘est qu’après ceci que Housseu devrait faire appel à deux petits garçons un de Haer là où il loge et l’autre de Kadjifolong. Ils sont conduits à l’arène qui accueillera les lutteurs (le Houmanguen) ». Soulignons à cette occasion que Kadjifolong-Singalène et Haer seraient issus de la même famille séparée par un incendie. L’offrande accomplie, les deux lutteurs ont pour mission de se livrer à des altercations. Le vainqueur de cette lutte est autorisé à scander le premier, le chant élogieux du Kamaguene traduisant la victoire de l’abondance sur la faim.

La lutte, une des facettes culturelles du Kamaguene

Ce volet reste dominé par la lutte. Il est plus présent dans les villages de Eloudia, Samatite et Kagnout. Ce dernier étant le point de convergence de tous les comédiens locaux, lutteurs, danseurs et futurs mariés. L’arène de lutte « Di Elhew » est envahie tous les après-midi pour les grandes manifestations. Toute l’ambiance au niveau de l’arène ne peut rester insensible à tout spectateur, dominée par le célèbre tam-tam d’Ebrouaye, quartier de Kagnout, du nom de « Jiluuko ». Celui-ci avec un autre tambour « Macoumbèn », le plus mélodieux du canton. L’accoutrement des danseurs, les visages défigurés les uns et des autres, les femmes qui se font passer pour les hommes et Vice-versa. Tout ce mélange et d’attitudes et de comportements de l’individu, montrent la transformation et le passage d’un état à un autre. Mais aussi de la mort à la vie. Parés de tout ce qu’il faut pour les rendre beau, les nouveaux mariés défilent autour de l’arène afin de recevoir toutes les prières et congratulations possibles pour un heureux ménage. Cette festivité a d’ailleurs quelques ressemblances avec celles des Azymes dans la tradition juive. Fête pendant laquelle le pain était mangé sans levain. Mais aussi tout près chez les Diolas autre peuples des profondeurs de l’Afrique.

Le Kamaguène, facteur de brassage

Dans le kamaguène, il se dit que si quelqu’un issu de ce milieu programme un voyage lointain, il ferait mieux de le surseoir et attendre que la cérémonie se termine, faute de quoi c’est la malchance qui est rendez-vous.

Hormis son fonds animiste, le rite du Kamaguene est socialement accepté et fêté de tous sans distinction de confession. Cette symbiose a toujours favorisé le brassage des villages, des religions et des cœurs des populations vivant dans une même circonscription environnementale, renseigne Gustave Bénédicte Sarr.

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2 commentaires pour “OUSSOUYE AUX RYTHMES DE LA FÊTE DU “KAMAGUENE“ À la découverte de la tradition du Diola Kassa par Denise Diminga ZAROUR MEDANG |”


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